L’archétype de la mère: une vision différente de la maternité

annie spratt ijq fb ujwo unsplash

Il y a peu de temps, une de mes bonnes connaissances m’a contacté afin de solliciter mes services dans le cadre d’une formation en accompagnement du féminin sacré. Cette formation compte environ une trentaine d’intervenantes et facilitatrices, aussi passionnées les unes que les autres sur le sujet de l’accompagnement des femmes et de la guérison des blessures du féminin sacré.

Plusieurs d’entre elles accompagnaient sous les sujets de l’archétype de la guerrière, de la grande prêtresse, de la vierge et même, l’archétype de la séductrice. Cependant, à ma grande surprise, aucune de ces accompagnantes n’avaient choisi de représenter l’archétype de la mère. Suite à ce grand étonnement, deux questions me vinrent en tête. Ce grand passage vers la maternité, concret, tangible et bousculant, ne mérite-t-il pas une attention primordiale et particulière? À quel moment l’archétype de la mère a-t-il commencé à être méprisé pour qu’il ne soit plus associé à la puissance des femmes? Je ne pus m’empêcher d’avoir la triste impression que le respect perdu pour l’archétype de la mère était directement relié au traitement que nous offrons globalement, nous, l’espèce humaine, à notre terre mère nourricière… Mais cela est un tout autre sujet n’est-ce pas?

J’ai alors demandé l’opinion de quelques femmes sur leur vision de la maternité suite à leur enfantement récent. Bien que quelques belles et puissantes caractéristiques comme l’amour inconditionnel, la compassion et le dévouement, ai été nommées, un sentiment de lourdeur s’installait instantanément me faisant comprendre que presque unanimement, ces femmes se sentaient épuisées, impuissantes, étaient envahies par un sentiment de solitude et avaient même l’impression d’avoir perdu leurs repères. Il est certain que la réponse aurait été différente si j’avais posé mes questions à des mères dont les enfants étaient déjà grands. La blessure s’apaise sous l’effet du temps, mais c’est là que se trouve le dilemme! Je suis persuadée que si la maternité était «mieux préparée» collectivement, que notre structure sociétale soutenait et valorisait la maternité, que si les blessures physiques, émotionnelles, psychologiques et énergétiques, étaient immédiatement prises en charge suite à la mise au monde, l’image de la mère, et surtout, les mères elles-mêmes, se porteraient mieux à l’heure actuelle.  

On dit souvent qu’un enfant a besoin d’un village entier pour parfaire son éducation. Mais on ne dit pas que la mère également a besoin d’un village entier pour la soutenir dans ce passage de vie transformateur. Pourtant, c’est bel et bien le cas. Beaucoup de blessures profondes seraient évitées si, effectivement, les mères avaient le soutien nécessaire de leur communauté, leur entourage. Ne serait-ce que par de petits détails comme l’inclusion des mamans dans les activités communes, une plus grande patience et bienveillance des citoyens envers les nouveau-nés, une acceptation complète de l’allaitement dans les lieux publics, une présence totale et une écoute empreinte de compassion lors de chaque échange avec une nouvelle mère… Disons-le, clairement, l’accouchement est un passage qui pour plusieurs femmes (et pour de nombreuses bonnes raisons) peut être perçu comme traumatisant. Serait-il possible un jour de voir une société consciente de ce grand passage, de ces traumatismes possibles, de voir une société qui les prendraient activement en charge?

Dans la majorité des sociétés à l’échelle mondiale, le rôle de la mère s’est vu réduit à être la servante de la maison, d’être bonne à nourrir des bouches, nettoyer des casseroles et servir leurs partenaires au retour du boulot. Détrompez-vous, cette mentalité n’est pas si loin de notre génération actuelle occidentale. L’archétype de la mère en subit encore aujourd’hui les conséquences. Les femmes cherchent la détermination derrière l’archétype de la guerrière; le lien spirituel entre la terre et le sacré de la grande prêtresse; la puissance derrière l’archétype de l’amazone; mais rares sont les femmes qui jubilent derrière l’image de la mère.

Cet article pourrait être encore beaucoup plus long qu’il ne l’est déjà. Je pourrais aborder l’archétype de la mère sous de multiples autres facettes, mais pour le moment je terminerai en vous disant ceci : «Mesdames, pour donner naissance et incarner l’archétype de la mère, il faut accepter la mort et la renaissance en soi. Devenir mère est un acte de bravoure à la hauteur d’une amazone, il faut sauter dans le vide, lâcher-prise, perdre le contrôle pour voir au-delà de soi. Ce qui est aussi un acte de foi tel que les grandes prêtresses en sont capables. Il faut protéger son intégrité, son couple et sa famille, comme l’archétype de la matrone. Surtout, il faut être capable d’un amour inconditionnel, total et désintéressé, comme seule une mère en est capable. L’archétype de la mère, c’est aussi celui de la terre mère : ses enfants lui prennent tout sans connaître la valeur de ce qu’ils prennent. Elle redonne tout, encore et encore, sans jamais compter ce qu’elle donne et sans jamais attendre quelque chose en retour…»

Être mère, c’est puissant, simplement. Valorisons-le!